TORO MI AMOR : Quand l'âme se révèle face au mythe
TORO MI AMOR : Quand l'âme se révèle face au mythe De Paris à l'arène, d'un quotidien de masques à la quête de sa vérité la plus primitive. Lydie Blanc nous livre un témoignage brut sur la force de la transformation, l'endurance d'une vie portée pour les autres, et l'instant où deux acteurs inattendus ont tout changé. Découvrez comment un toro peut réveiller l'archétype sacré qui sommeille en chacun de nous.
Lydie Blanc
1/21/20263 min read


TORO MI AMOR EXTRAIT DE MON PROCHAIN ROMAN
Quand l’amour ne connaît pas la peur
« L’amour véritable ne connaît pas la peur. »
— Beethoven, Fidelio
L’amour est notre arme indispensable pour vivre.
On ne peut pas vivre sans.
Je suis née Taureau, avec une force primitive, une sagesse ancienne et un instinct de vérité assez puissants pour m’auto-suffire. Tant mieux, car j’ai dû livrer combat dès mes premières heures.
La tauromachie est mon mythe.
Mon théâtre intérieur.
Mon miroir initiatique.
On a voulu me soumettre, me posséder, me diriger, me contrôler, me faire taire. J’ai dû faire preuve d’une grande pureté, car j’ai obtenu la grâce.
Je suis l’archétype du taureau sacré : celui qui porte sa vie comme un étendard, qui meurt et renaît, qui avance avec dignité, qui incarne sa vérité dans le corps.
Vivre pour les autres, jusqu’à s’oublier
Je me suis perdue dans ce monde en reniant mon être pour combler les autres.
Je me suis épuisée dans un quotidien toujours plus lourd à porter : à la tête d’une fratrie, puis d’une entreprise de grande envergure, j’ai accepté de tenir encore vingt ans. La pression faisait déjà partie de moi depuis l’enfance, inscrite dans tous les domaines de mon existence.
Jusqu’à ce jour d’été 2018.
Ce jour où j’ai fait la plus belle des rencontres : moi-même.
Il m’a fallu du temps pour revenir à moi — sept années pour revenir à la vie.
Deux acteurs ont rendu cette magie possible :
l’audace d’un torero et un toro de combat.
À cet instant, j’ai compris que tout ce qui avait précédé n’avait été que mascarade, perte d’énergie, illusion. Et pourtant, sur le moment, je croyais que c’était cela, la vie. Je portais un joli masque. J’avais fière allure dans mes habits de Parisienne endimanchée, travaillant rue du Faubourg Saint-Honoré.
Paris, le masque et l’endurance
Bien éduquée, fille sage et obéissante, multitâche, j’avais de l’endurance, du courage, de l’énergie à revendre. Je voulais conquérir Paris et ses beaux quartiers pour rendre fiers papa et maman.
Je suis devenue mère, sans renoncer à ma carrière dans le tourisme d’affaires. Deux combats menés de front : mère de famille et assistante d’affaires, face à l’Élysée.
Je travaillais sans compter.
Sans soutien.
Plus de quarante-cinq heures par semaine, autant passées dans les métros, bus et trains de banlieue, sales, bondés, dangereux.
Pendant dix ans, je n’ai vu que des couloirs de métro, des sprints pour rattraper des retards, des odeurs d’égouts et de fatigue. Un quotidien ordinaire pour tant d’usagers franciliens.
L’alguazil du Faubourg
Chaque matin, j’ouvrais un hôtel particulier de cinquante bureaux d’affaires. Rien ne devait faillir : photocopieurs, cafés, salles de réunion, standard ouvert à 8h30 pour le contrat décisif.
Peu importait que mon bébé ait été fiévreux la veille.
Peu importait mes nuits aux urgences.
J’étais devenue l’alguazil et aussi
L’ouvreuse du toril.
La gardienne des clés du Faubourg.
Je garantissais le succès de ces hommes en quête de luxe et de notoriété. Je représentais leur image, parfois même leur illusion. À vingt-cinq ans, cela m’amusait. J’aimais jouer un rôle, comme au théâtre, habillée comme une princesse, derrière mon joli masque, oubliant qui j’étais, d’où je venais.
Quand personne ne tenait plus d’un an dans cette multinationale, moi je résistais.
Pilier. Dinosaure. Doyenne du business center.
Je garde encore en mémoire le sourire de Jacques Chirac, arrivant en même temps que moi, me saluant derrière la vitre de sa berline en route vers l’Élysée.
Et après ?
Ce texte est la pique.
L’épreuve.
L’ombre avant la lumière.
La suite raconte comment le toro, un jour, cesse de fuir.
Comment il se retourne.
Et comment il choisit enfin de vivre debout, dans sa vérité.
